Groupe Michelet

Depuis 2014, trois types d’activités distincts sont consacrés à l’œuvre de l’historien Jules Michelet (1798-1874) : le séminaire « Michelet hors frontières » ;  la « Fabrique de la Révolution », programme de transcription numérique des papiers préparatoires de l’Histoire de la Révolution française ; et la réédition de l’Histoire de la Révolution française.

1 . Le séminaire « Michelet hors frontières »

Animé dans une perspective résolument interdisciplinaire par Aurélien Aramini (université de Besançon), Paule Petitier (CERILAC), Yann Potin (Archives nationales) et Sylvain Venayre (université de Grenoble Alpes), le séminaire se tient environ tous les deux mois entre septembre et juin. Il est un lieu de réflexion et de débat sur l’actualité de Michelet ainsi que d’approfondissement de sa connaissance par le biais d’éclairages sur l’historiographie, la philosophie politique et les sciences humaines au xixe siècle.

Programme 2014-2015

12 novembre 2015 : Journée d’études « Jules Michelet : actualité de l’Histoire de la Révolution », univ. Pierre-Mendès-France Grenoble 2

4 décembre 2015 : « Michelet et le débat historiographique du début du xixe siècle » (David Gaussen)

15 janvier 2016 : « J. Reynaud et P. Leroux, artisans du néo-robespierrisme sous la monarchie de Juillet (1832-1834) » (Vincent Bourdeau, univ. de Bourgogne Franche-Comté)

15 février 2016 : « Constituer le temps : la naissance de l’histoire de France au lendemain de la Révolution » (Frédéric Brahami, EHESS)

13 avril 2016 : « Écrire la Révolution » (Sophie Wahnich, EHESS)

13 juin 2016 : « Le populisme de Michelet » (Federico Tarragoni, univ. Paris Diderot)

Représentative de la complexité du xixe siècle, d’intuitions épistémologiques intimement liées au travail de l’écriture, d’une pensée politique sensible aussi bien au contemporain qu’à la longue durée, la figure de Michelet, dans laquelle s’étaient reconnus au milieu des années 1970 les explorateurs de nouveaux modes de pensée (nouveaux historiens, philosophes et nouvelle critique), tend depuis le début du xxie siècle à être excessivement simplifiée par le discours médiatique et même universitaire. Michelet, fréquemment cité pourtant, ne semble plus être qu’une référence pour indexer un nationalisme suspect de relents chauvins, une mystique de la France, un « roman national » – les uns s’autorisant de son aura de grand historien-écrivain pour justifier leurs propres préférences, les autres résumant par son nom ce dont il faut s’écarter.

Le séminaire « Michelet hors frontières » entend reprendre la réflexion sur cet auteur dont l’œuvre a été trop souvent réduite au « schème national ». Autant, sur le plan de l’expression, Michelet est un écrivain qui se joue des frontières entre les formes et les types d’écriture, autant sa pensée historique et politique est, elle aussi, labile, construisant et déconstruisant le modèle de la nation, lorsqu’elle s’élargit à l’échelle de l’Europe et du monde ou qu’elle prend en compte le local, le périphérique et l’excentrique. Ancrée dans une épistémè romantique qui dépasse largement les bornes de la France, nourrie de la lecture des savants et des théoriciens de toute l’Europe, aspirant à la fraternité des peuples, actualisant celle-ci par un très large réseau de relations internationales, l’œuvre de Michelet est constamment animée d’un double mouvement : identification de frontières, de seuils, de délimitations – en fonction de quoi se marque le devenir et le travail du sens –, mais aussi franchissement de ces frontières, remise en cause des seuils, transgression des limites – en fonction de quoi l’interprétation chemine sans jamais se figer dans l’idéologie ou la doctrine.

C’est à partir de l’examen de ce débordement des frontières, tant épistémologiques que géographiques ou littéraires, que le séminaire « Michelet hors frontières » voudrait entamer l’exploration sur nouveaux frais d’un historien et d’un écrivain au rôle majeur dans la constitution des sciences humaines actuelles.

Contacts : paule.petitier@univ-paris-diderot.fr ; Sylvain.Venayre@upmf-grenoble.fr

2 . La « Fabrique de la Révolution » : programme de transcription numérique des papiers préparatoires de l’Histoire de la Révolution française

Les six volumes de notes conservés à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris sous le nom d’« Histoire de la Révolution française » correspondent à un ensemble complexe de documents préparatoires, en partie réorganisés après coup par Michelet en vue d’éventuelles réutilisations. D’un point de vue matériel, leur conservation préventive au sein de la Bibliothèque par leur montage sur onglets en recueils factices, a durablement perturbé la lisibilité et l’architecture de ces fragments, organisés au départ sous forme de liasses et de chemises hiérarchisées selon un classement organique. Il s’agit donc en premier lieu de restituer le plus fidèlement possible l’architecture d’origine de ces milliers de fragments et d’annotations dont le format et plus encore le statut sont fort variables. Les liens et associations entre certains fragments dessinent en effet de véritables dossiers préparatoires, qui permettent de reconstituer les séquences narratives ou démonstratives de l’HRF. Enfin, il existe un septième volume de notes, isolées de longue date, sans doute par Michelet lui-même après 1871. Le recueil factice ainsi constitué contient la seule trace d’une documentation provenant pour l’essentiel des sections parisiennes et témoignant donc du pouvoir « sans-culotte ». En effet, à la suite de l’incendie de l’Hôtel de Ville en mai 1871, les archives de la municipalité parisienne durant la Révolution ont irrémédiablement disparu. La transcription et la mise en ligne intégrale de ce manuscrit permettront d’associer à la figure et au travail de l’écrivain ceux de l’archiviste, dédoublant ainsi les formes de transmission et de fabrication des mémoires : à travers ses propres notes de travail, Michelet n’est pas seulement un historien qui écrit la Révolution française. Il est aussi le médiateur qui contribue à l’archiver.

Les manuscrits des Notes ont été numérisés et sont accessibles sur un serveur de l’université Paris Diderot, pour l’instant réservé aux transcripteurs.

Le travail de transcription s’appuie sur l’expérience du Centre d’études stendhaliennes et romantiques (CESR) de l’université Grenoble 3 et de la MSH Alpes, et sur les outils qui ont été mis au point pour l’édition des manuscrits de Stendhal. L’application CLELIA (Corpus littéraire et linguistique assisté par des outils d’informatique avancée), développée pour la transcription en ligne des textes de Stendhal, a été adaptée au projet Michelet. « La Fabrique de la Révolution » est par ailleurs membre du Consortium Cahier.

3 .  La réédition de l’Histoire de la Révolution française

Une équipe d’historiens et de spécialistes de la littérature du xixe siècle préparent une nouvelle édition critique de cet ouvrage fondamental, qui n’en a pas connu d’autre que celle de Gérard Walter (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1952).

Participent à ce projet : Michel Biard (historien, univ. de Caen), Philippe Bourdin (historien, univ. Clermont-Ferrand 2), Jean-Claude Caron (univ. Clermont-Ferrand 2), Aude Déruelle (univ. d’Orléans), Hervé Leuwers (univ. de Lille), Florence Lotterie (univ. Paris Diderot), Paule Petitier (univ. Paris Diderot), Dominique Pety (univ. de Chambéry), Yann Potin (Archives nationales), Claude Rétat (CNRS), Jean-Marie Roulin (univ. de Saint-Étienne), Corinne Saminadayar-Perrin (univ. de Montpellier), Judith Wulf (univ. de Rennes).

Contact : paule.petitier@univ-paris-diderot.fr